Exposition cutanée aux agents chimiques dangereux : limites des gants et enjeux de protection réelle des salariés

Exposition cutanée aux agents chimiques dangereux : limites des gants et enjeux de protection réelle des salariés

par cassandre
Mis à jour le 6 janvier 2026
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30 % des salariés français sont exposés de manière régulière à des agents chimiques dangereux. L’inhalation de polluants atmosphériques est bien souvent identifiée comme la voie de passage principale.
En effet, les salariés perçoivent certains de ces polluants via la vue ou l’odorat, bien qu’il convienne de rappeler que ces moyens de détection ne sont, la plupart du temps, pas fiables. Plusieurs mesures de prévention, notamment la mise en place de captages ou le port d’appareils de protection respiratoire, sont destinés à réduire l’entrée des agents chimiques dangereux par inhalation.

A l’inverse, le passage cutané est une voie largement sous-estimée. L’absence de « capteurs » aussi sensibles que l’odorat où la vue contribue en partie à ce phénomène. De plus la réglementation met l’accent sur les polluants atmosphériques, en déterminant par exemple des Valeurs Limites d’Exposition Professionnelle (VLEP) à ne pas dépasser. Il n’existe pas de pendants aux VLEP pour la voie cutanée. 

Normes, mécanismes et limites en conditions réelles

Plusieurs normes Européenne et internationales encadrent et définissent les performances des gants utilisés vis-à-vis des agents chimiques dangereux 
La norme EN374, la plus souvent mentionnée sur les gants utilisés en entreprises vis-à-vis du risque chimique, repose sur 3 grandes familles de tests : 

  • Pénétration (passage du produit à travers les pores, les coutures, les imperfections… du gant)
  • Dégradation (changement de propriétés physiques du gant suite au contact avec un produit). Le dégradation peut être à l’origine d’une pénétration
  • Perméation (processus de diffusion moléculaire à travers le matériau du gant, souvent non décelable par le porteur)

Les difficultés à percevoir le phénomène de perméation et les écarts entre les conditions de tests de la norme et les conditions réelles de travail (température, contraintes mécaniques, présence simultanée de plusieurs substances, quantité de produit en contact avec le gant…) peuvent induire d’importants écarts entre l’efficacité attendue et l’efficacité réelle. Ceci constitue une réelle limite pour ce qui représente souvent le seul moyen de limitation de l’exposition cutanée.

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Quels outils existants pour choisir ses gants ?

Quelques outils permettent d’assister les entreprises dans le choix de gants contre les agents chimiques dangereux :

  • Les données du fabricants :
    • Intérêt : Données en ligne sur un modèle particulier
    • Limites : Absence, parfois, de prise en compte de l’exposition à plusieurs substances en simultanée, données parfois non traduites en Français ou données assez éloignées des conditions de mise en œuvre des gants en entreprise (température, contraintes mécaniques, quantité de produit en contact…).
  • ProtecPo
    • Intérêt : Outil prédictif de l’interaction substance(s)/matériau élaboré par les experts de l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) et de l’IRSST (Québec).
    • Limites : Données assez éloignées des conditions de mise en œuvre des gants en entreprise (température, contraintes mécaniques, quantité de produit en contact…)

Consulter le logiciel

Vers une évaluation plus réaliste du risque et un choix éclairé des gants

Afin de compléter les outils précédents et aider à l’analyse de l’efficacité réelle des gants vis-à-vis des produits chimiques, STDV propose, quand cela s’avère nécessaire, un accompagnement personnalisé reposant notamment sur :

  • Un dispositif breveté, co-développé par l’INRS et STDV, mettant en œuvre une bague de prélèvement à porter sous le gant, reliée à un analyseur en temps réel de composés organiques volatils.
  • La réalisation de prélèvements sur patchs de charbon actif (Perméatec) avec analyse en laboratoire permettant l’estimation de la quantité réelle de produit qui passe à travers un gant, en conditions réelles de travail.

Rappelons que, conformément aux principes généraux de prévention définis par la réglementation, les Equipement de Protection Individuelle (EPI), dont les gants font partie, ne doivent être envisagés qu’en dernier recours, après avoir épuisé toutes les autres mesures de prévention, ou en complément de ces dernières.

Le respect de plusieurs grandes règles permet de faciliter le choix et l’utilisation d’un gant efficace vis-à-vis des agents chimiques dangereux :

  • Les paramètres d’efficacité du gant, notamment son temps de perméation, doivent être en phases avec les activités réalisées. Un gant « résistant » 15min vis-à-vis d’une substance pourra être adapté à une situation de travail avec de courtes expositions (ex : 10s) et inadapté pour d’autres situations de travail.
  • Plus un gant est épais, plus il est efficace vis-à-vis des agents chimiques dangereux, mais plus il gène le travail. Le meilleur compromis doit être trouvé, avec l’appui des salariés.
  • La perméation d’une substance à travers un gant peut affecter l’efficacité de ce dernier de manière durable (jusqu’à plusieurs jours). En cas de réutilisation, ce gant perdra alors de son efficacité. Des procédures de désorption thermique (ex : passage en armoire chauffée et ventilée), recommandées par des instituts internationaux, peuvent parer à ce problème. A défaut, les gants devront être remplacés.

L’exposition cutanée aux agents chimiques dangereux reste encore trop souvent sous-estimée, alors même que les limites des équipements de protection individuelle, et notamment des gants, sont aujourd’hui bien identifiées. Une protection réellement efficace ne peut se résumer au seul port d’un EPI : elle repose sur une évaluation fine des situations de travail, des conditions réelles d’exposition et sur la mise en œuvre de mesures de prévention adaptées et hiérarchisées.


Pour aller plus loin dans l’analyse de vos risques chimiques, vous accompagner dans le choix des protections les plus pertinentes ou évaluer leur efficacité en conditions réelles, vous pouvez solliciter sur votre Service de Prévention et de Santé au Travail Interentreprises. En effet, sur recommandation du Médecin du travail, des membres de l'équipes pluridisciplinaires pourront vous proposer un accompagnement personnalisé, en lien avec vos réalités de terrain.

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Rédacteur : Damien Arnoux, Référent risques chimiques STDV

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